Un soir de réveillon à Bruxelles. Trois hommes se retrouvent dans un restaurant pour ce 24 décembre en solo : le patron, un Professeur et un taximan reconverti. D’eux, nous ne saurons que la fonction professionnelle : la « société anonyme » du roman. Plutôt que de rester chacun dans son coin à consumer sa morosité, un élan naturel les fait se rejoindre autour du même repas, raffiné, élégant et gargantuesque, copieusement arrosé des meilleurs vins.

La rencontre est improbable et l’alchimie à venir encore plus. Pourtant, les langues se délient au-fur-et-à-mesure d’anecdotes personnelles ou professionnelles : le Professeur confie le drame originel de son enfance qui l’a privé de ses parents, son appétit insatiable des femmes et son envie de brûler la vie par les deux bouts dans un désordre continuel, synonyme de vie pour lui. Le taximan, quant à lui, évoque sa quête, ses doutes, son empathie à chaque trajet sollicitée. En retrait, auditeur attentif, le patron commente, prudent, pragmatique, les récits de ses convives.

On se pique au jeu de ses instantanés de vie. Fragments ? Pas tant que cela puisqu’un fil conducteur narratif se tend, de plus en plus ferme, de plat en plat, créant une cohérence d’ensemble aux propos des différents narrateurs. Peut-on émettre l’hypothèse que chacun joue le rôle dans un puzzle cohérent dont le lecteur découvrirait l’existence à la fin du récit ? Sans déflorer le dénouement, annonçons simplement que la construction de l’intrigue est fort bien troussée.